Mon journal de terrain en Afrique en 2001-2003

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2020

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Une Question de Santé Publique Cruciale

Depuis quelques années, des centaines d’entre nous sont invités en tant
qu’experts, chacune dans son domaine à apporter des éléments de réponse à une
question de santé publique cruciale : la nécessité d’une couverture thérapeutique
mondiale en matière d’infection à VIH/SIDA. Malheureusement, cette évidence
thérapeutique se heurte à un ensemble de réticences économiques, politiques et
sociales avec lesquelles on demande aux experts de composer.


C’est dans ce cadre que j’ai effectué ces trois dernières années un certain nombre
de missions d’expertise sur le continent africain (Kenya, Congo, Burkina Faso,
Togo, Burundi, Cameroun), auxquelles il faut ajouter deux missions au Maroc et
une mission au Cambodge. Mes tâches dans ces missions consistaient
globalement à former, à conseiller, à aider des organisations humanitaires, des
associations, et des professionnels de santé à mieux faire ce qu’ils faisaient déjà,
à faire des choses qu’ils n’avaient jamais faites ou bien à faire différemment ce
qu’ils faisaient… Néanmoins, ce livre n’aurait jamais vu le jour si on ne m’avait
pas confié des missions.


L’objectif principal était de rendre compte de l’impact sur les populations des
projets qu’ils finançaient ou, comme dans le cas du projet sur les orphelins, pour
rendre compte de ce que les mères, les grands mères, les familles proches, les
communautés, les orphelins eux-mêmes attendaient des pays du Nord auquel en
tant qu’expert j’appartiens. Dans mes missions, je me suis aperçue que je faisais
souvent des comptes : combien coûte une journée à l’hôpital, une journée à la
morgue, l’achat d’un cercueil, un enterrement, un traitement ?


En fait, je ne faisais que reprendre la réalité concrète et pratique que chaque
personne d’un bout à l’autre de l’Afrique me confiait spontanément. Par exemple,
à Douala au Cameroun, le prix d’une journée à la morgue, c’est 5000 FCFA, le prix
d’un cercueil “cela va de 40 000 à 500 000 CFA”, le prix d’un traitement antiviral,
c’est au plus bas 25 000 CFA. A la morgue, l’hôpital en général offre les trois
premiers jours. Que se passe-t-il ensuite ? “Tu es en dette, ou alors si tu ne peux
vraiment pas payer, le corps va être déplacé et enterré aux frais municipaux… Si tu
veux ramener le corps au village, il te faut trouver un véhicule parmi tes voisins qui
le ramènent de la ville…, mais alors tu ne dois pas dire que ce corps là il a eu le
SIDA.”