Les barricades

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Avoir 15 ans en 1968

1968

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Je voudrais raconter l’histoire du point de vue des personnes qui ont vécu l’histoire de ces luttes dans la vie quotidienne. Je ne fais pas partie des héroines de l’histoire des luttes, je fais partie des gens qui ont vécu ces luttes.

On n’était rien, on ne faisait pas partie des leaders, on n’était pas des stars. Je n’ai pas fait partie des stars du féminisme, des stars de la lutte LGBT, des stars de la lutte contre le SIDA ; j’ai fait partie des personnes qui étaient là et qui se sont senties concernées par ce qui se passait. En 1968, j’étais adolescente, élève au lycée d’Avranches en classe de 3e et ce qui se passait non seulement m’intéressait mais je me suis sentie immédiatement concernée.

J’avais une vie difficile , j’ai tout de suite vu dans 1968 et dans le terme AG pour Assemblée Générale qu’une des réponses à mes problèmes résidait dans le collectif et la lutte organisée.
Mai 68, c’est au moment où tout s’arrête, l’appel à la grève générale s’inscrit dans un mouvement de contestation totale du politique, du social de la culture.

Nous sommes jeunes, je ne suis que lycéenne, mais ce sont nous les jeunes, les lycéens et les étudiants qui animons le mouvement. Il s’agit d’une opposition des jeunes aux partis politiques, aux syndicats, aux représentants des parties, il s’agit d’un « non » unanime à toute forme de parole ou de collectif qui serait censé nous représenter.
Il s’agit de nous réunir tous ensemble sans adulte, et de parler ensemble. Parler devient un acte politique, car à l’époque nous sommes gouvernés par le silence. Nous sommes une génération, la dernière génération élevée dans le silence. Nous sommes victimes et agressés par le silence.

Dans nos vies quotidiennes, si je prends l’exemple de ma vie, c’est le silence et l’interdiction de parler à table, c’est le silence sur la Seconde Guerre mondiale, les trahisons et les collaborations, c’est le silence sur les viols et les incestes dans le village, c’est le silence sur les règles, le silence sur la sexualité, le silence autour de ma mère femme battue, c’est le silence en classe.

On n’a pas le droit de parler, on n’a pas le droit de répondre à nos parents même si on n’est pas d’accord, on n’a pas le droit de parler en classe, sauf si on a levé la main, on n’a pas le droit de courir en jupes, on n’a pas le droit de dire que l’on a ses règles, on n’a pas le droit de jouer avec les garçons, on n’a pas le droit de choisir nos vêtements ou nos coiffures.

Faire des barricades c’est montrer que l’on sait se défendre face aux attaques policières et c’est aussi rêver de monter sur les barricades.

On entend à la radio ce qui se passe à Paris, je suis en Normandie au lycée d’Avranches, l’atmosphère est différente, la réalité de Paris devient notre rêve. Les élèves de seconde organisent une assemblée générale, je veux y aller, le principal du lycée me dit « Vous ne pouvez pas, vous êtes en troisième, c’est réservé aux élèves de seconde » J’enrage !

Dans la région les gens avaient peur de la guerre civile, les gens se mettaient à parler, les ouvriers des petites usines aux alentours manifestaient dans les rues de Granville, les ouvriers des laiteries dans la Manche se révoltaient contre leurs conditions de travail, les cheminots, les ouvriers de l’arsenal à Cherbourg.

Au lycée on exige de participer à la vie de l’établissement, on demande une salle- foyer pour les élèves, c’est-à-dire une salle dans laquelle les élèves puissent se rencontrer, parler et se détendre.

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