Je me réfugie dans la salle de classe

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Mes épreuves et apprentissages

1963

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M’occuper de cette famille m’éloigne de mes vraies préoccupations d’enfant qui sont à l’époque d’arriver à grandir dans une famille dysfonctionnelle . Je sais que je dois continuer ma croissance , manger, dormir, apprendre et ces deux adultes me gênent beaucoup dans ces apprentissages essentiels pour moi . Je les trouve perturbés, énervés, violents entre eux et avec nous. Selon ma perspective d’enfant , j’ai des parents qui ne peuvent pas s’occuper de moi et qui me gênent par leurs scènes de ménage , mais je dois les ignorer en me concentrant sur ma propre prise en charge. L’histoire du pouce dans ma bouche signifie que je régresse, mais à l’époque je ne sais pas ce que cela signifie de régresser. Je ne sais rien de tout cela, je suce mon pouce pendant des heures et je n’arrive pas à faire autrement. Je ne peux pas m’en empêcher, je ne sais pas qu’il existe des traitements pour cela et en plus je ne trouve pas cela anormal. Ma mère essaie de me l’interdire en me faisant honte.

Comment donner de la valeur à ce qu’elle dit ? Comment lui accorder une autorité quelconque ? Elle qui ne sait pas empêcher son mari de nous faire des scènes tous les soirs ? Jamais ma nourrice n’aurait laissé un homme l’insulter et la battre ! La comparaison avec ma nourrice est terrible pour ma mère biologique, mais cette comparaison est une guérison pour moi.
Petit à petit je construis l’idée que ma mère en se laissant battre fait une erreur, commet une faute et en plus elle ne défend pas ses enfants contre la violence de son mari. Jamais ma nourrice n’aurait laissé un homme sous l’emprise de l’alcool nous insulter et nous agresser. Un coup de balai, disait-elle et ouste dehors ! Reste que la situation est coincée pour un moment dans ce huis clos. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Quel est mon devoir d’enfant ? En ayant dû renoncer par la force des choses à faire entendre mes droits d’enfant, je me suis intéressée à mes devoirs d’enfant. J’ai bien compris que je devais obéir, mettre la table, faire la vaisselle, mais ce ne sont pas ces devoirs-là qui m’inquiétaient, ce sont les autres, ceux qui ont trait à mon devoir de me conserver vivante et à peu près normale.
J’avais été élevée jusque-là comme une enfant normale qui joue, qui aime rire aux éclats, qui chante, qui bouge et qui fait plein de câlins. La petite fille très affectueuse que j’étais, très câline a disparu. Même le chat de mes parents, je ne le supportais pas pas question de le caresser, moi qu’on appelait « une mère-chat ». Je suis devenue insensible au chat de la maison qui pourtant n’y était pour rien. Je suis en échec d’enfance ces années-là, je suis perdue la seule chose que j’arrive à faire c’est apprendre à lire, écrire, compter à tel point que je me retrouve la première de la classe, que personne bien sûr ne me félicite. Ce n’est pas grave, car je ne comprends pas trop ce que cela signifie, je suis devant dans la classe, je vais souvent au tableau, je lève la main quand on pose une question, car je connais la réponse, bref ce sont des automatismes qui me font oublier mes malheurs pendant la journée. Voilà, j’ai trouvé mon devoir d’enfant, je dois apprendre jusqu’à l’épuisement, comme cela, j’arriverai peut-être à m’endormir et à dormir normalement.

Le problème majeur que j’ai à traiter, c’est comment apprendre alors que c’est ma mère qui est l’institutrice de l’école et qu’il s’agit de la seule classe unique du village. Les choses vont être plus faciles qu’il n’y paraît, cette dame m’est suffisamment étrangère pour que je l’appelle madame et comme elle passe son temps dans la classe à m’éviter, je m’engage dans les apprentissages à l’oublier. De toute façon elle n’est pas ma mère, elle ne m’embrasse jamais, ne me touche pas, n’a aucune intimité avec moi.

Elle est collée à son petit dernier, « monsieur mon petit frère » donc l’illusion fonctionne. À l’école je fais comme si l’institutrice n’était pas ma mère. Oui je sais c’est fou, mais entre 5 ans et demi et 8-9 ans je n’ai pas trouvé une autre solution et un peu de folie cela peut sauver un enfant. C’est d’ailleurs intéressant qu’elle m’ait laissé la salle de classe après l’école tous les soirs et tous les week-ends comme espace à moi. Cela devait l’arranger d’abandonner cette petite fille dont elle n’a jamais voulu dans un lieu de la république, une école publique, je devenais ainsi en quelque mois la fille de l’école qui habitait dans la classe ! Il y avait des fenêtres et des ouvertures partout vers les paysages vallonnés tout autour, le préau, la route, le cimetière, le ciel et les champs à perte de vue, une porte à l’avant, une autre vers la cour et le préau, les fenêtres étaient très hautes pour moi Une école à la différence d’une maison est un bâtiment public donc il n’y a pas de volet. La poêle à bois était au milieu et après les horaires d’école, il devenait froid mais je préférai le froid thermique de l’école à la froideur familiale, tant pis j’ai eu froid pendant toutes ces années d’école primaire où j’ai attendu de devenir grande, saison après saison.

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