Entretien avec une grand mère

Journal de bord

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20ans dans la lutte contre le SIDA en Afrique

2003

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Lors d’un après midi d’avril 2003, je quitte Douala et me rends vers Sœur Brigitte qui me reçoit dans son petit bureau dans lequel un petit ventilateur tourne sans trop d’efficacité. Sœur Brigitte me reçoit et me met à l’aise comme si on se connaissait depuis toujours. Cette intimité et proximité immédiate est assez typique des relations que nous avons dans la communauté des personnes travaillant dans le VIH. La force de la cause crée des liens.

Je dis à Sœur Brigitte que je la sens épuisée et que je ne voudrais pas lui prendre plus son temps que nécessaire. Elle me dit qu’elle n’en peut plus, qu’elle a atteint ses limites, ses ressources et qu’elle ne sait plus comment avancer. Elle a de plus en plus de personnes indigentes, dit-elle et elle se demande ce qu’elle va bien pouvoir faire pour les familles d’orphelins. Elle m’invite à faire une visite avec elle en ce vendredi après midi. Je suis venue avec une voiture de l’UNICEF et suis un peu ennuyée car le règlement m’interdit d’être dehors après la tombée de la nuit. «On ne peut pas assurer votre sécurité et c’est notre règlement interne pour les missionnaires.» Il est quinze heures, la nuit sera là dans deux heures, il faut une heure pour se rendre dans les quelques familles de Sœur Brigitte. Que faire ? Je décide de transgresser le règlement et de rendre la voiture de l’UNICEF.
Tant pis, je me débrouillerai avec Sœur Brigitte et un petit taxi pour le retour à mon hôtel. Le chauffeur du 4/4 me donne mes affaires et cela me fait tout drôle de me retrouver à pied avec mon petit sac-à-dos. Chaque fois que je quitte ces voitures de protection dans lesquelles on enferme les missionnaires pour les protéger, cela me fait tout drôle. J’ai l’impression de retrouver mes pieds, mes jambes, ma liberté de marcher ou de courir, moi qui suis une grande marcheuse et flâneuse dans les villes.

Il fait chaud, c’est vrai mais au moins je pense avec mes pieds ! Nous partons avec Sœur Brigitte dans une vieille 2 Cv et nous arrêtons au marché car dit-elle «Si vous voulez les aider, achetez leur un peu de bananes, une mangue ou deux, de la patate douce, vous verrez, il n’ont plus rien à manger.» La Sœur négocie un peu et discute les prix, mais très vite on se met tous d’accord et on se souhaite une bonne après-midi avec beaucoup de «Si dieu le veut !»

Le voyage est chaotique, il a plu la nuit d’avant, il y a encore des grands trous d’eau, les chemins sont humides et glissants, on tourne de route en chemin, de chemin en d’autres petites routes, les gens nous saluent parfois et on finit par arriver dans une cour au bout d’un chemin de terre. «C’est là», me dit Sœur Brigitte, qui m’a confiée qu’elle était contente que je l’accompagne et qu’elle m’invitait à faire la conversation, comme je l’entendais, avec les dames, les mères et les grands mères cet après midi.
Je lui ai dit qu’elle pouvait intervenir dans mes entretiens à tout moment mais elle m’a dit qu’au contraire, elle avait besoin d’écouter pour se reposer un peu. Je lui demande une chose : qu’elle m’introduise auprès des familles pour les mettre à l’aise. On descend de voiture, tous les enfants accourent vers nous, l’un d’entre d’eux met sa petite main dans celle de Sœur Brigitte, deux autres se placent derrière moi, on arrive vers la maison où une dame nous accueille. C’est elle qu’on appelle la grand mère.

Très vite La Sœur, moi-même et la grand mère, on se sent très à l’aise, on s’assied, les enfants vont et viennent autour de nous, ils quittent la maison, vont dans la cour, reviennent… On a l’impression agréable qu’on prend notre temps ensemble.

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